L’écologie, grande absente de la campagne d’entre-deux-tours

Le vendredi 5 mai 2017 par Duclair environnement.

Après avoir été porté par Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon avant le 23 avril, l’environnement a été délaissé par Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

LE MONDE |  le | Par Pierre Le Hir et Martine Valo 

Photo published for Environnement et transition écologique | En Marche !

Rien. Mercredi 3 mai, en deux heures et demie de débat télévisé, pas un seul mot n’a été échangé sur l’écologie, la dégradation des ressources – l’eau, l’air, l’état des sols –, ses conséquences sur la santé humaine et la biodiversité.

Rien non plus sur la transition énergétique, ni sur le changement climatique. « On n’a pas évoqué beaucoup de sujets : l’écologie en fait partie », a reconnu Emmanuel Macron, jeudi, dans un Tweet.
L’environnement – qui ne constitue chez aucun des deux candidats un thème de prédilection – est l’un des grands absents de l’entre-deux-tours, après avoir été, au contraire, porté par Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon.

Le représentant de La France insoumise et celui du Parti socialiste ont abordé de front des sujets jusqu’à présent inédits dans une course à l’ Élysée en dehors du cercle des militants écolos. Du bio à la cantine au plastique dans l’océan, ils n’ont pas hésité à plonger dans la diversité des thèmes, s’emparant de questions aussi pointues que l’interdiction des perturbateurs endocriniens et aussi complexes que les défis posés par le changement climatique.

Le candidat d’ En marche ! ne s’est pas converti

Alors que ces préoccupations sont devenues majeures pour une large part des Français, les deux finalistes ont totalement délaissé cette thématique. Malgré les dividendes électoraux à engranger, le candidat d’ En marche ! ne s’est pas converti. Son programme ne propose guère de mesures audacieuses mais s’inscrit pour l’essentiel dans la continuité du quinquennat de François Hollande.

Emmanuel Macron reprend ainsi à son compte des objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique d’août 2015, ou dans la programmation pluriannuelle de l’énergie d’octobre 2016. L’exemple le plus symptomatique est sa position sur le nucléaire. Il s’en tient à la réduction de 75 % à 50 % de la part de l’électricité tirée de l’atome « à l’horizon 2025 », comme le veut la loi et comme M. Hollande s’y était déjà engagé voilà cinq ans. Pas davantage que l’exécutif sortant, il ne fixe de calendrier précis.

Et s’il s’engage à « sortir des énergies fossiles », il n’avance pour y parvenir que des solutions partielles, déjà prévues, voire même actuellement en vigueur. Malgré la place acquise par la France dans les négociations climatiques avec le succès de la COP21, en décembre 2015, le fondateur d’ En marche ! ne s’est pas saisi de la lutte contre le réchauffement.

Le Pen : « le changement climatique n’est pas une religion »

Marine Le Pen non plus : la candidate d’extrême droite considère que « le changement climatique n’est pas une religion ». En 2012, elle déclarait n’être « pas sûre que l’activité humaine soit l’origine principale de ce phénomène ». Son programme consacre moins de dix propositions sur 144 à l’environnement et à l’énergie, toutes frappées du sceau de la « priorité nationale » et du repli à l’intérieur des frontières hexagonales. Cette posture ne va pas sans contradictions.

Elle souhaite ainsi « développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois…) », grâce à « un protectionnisme intelligent » et au « patriotisme économique ». Mais elle veut « décréter un moratoire immédiat sur l’éolien », dont la capacité installée en France est pourtant près de deux fois supérieure à celle du solaire photovoltaïque. Dans le même temps, elle veut « maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française », en commençant par garder en activité la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin).

« Pour rompre avec le modèle économique fondé sur la mondialisation sauvage des échanges et le dumping social, sanitaire et environnemental, la véritable écologie consiste à produire et consommer au plus près », prône la candidate frontiste. D’où sa volonté d’« interdire l’importation des produits agricoles et alimentaires qui ne respectent pas les normes de production françaises ».

Le geste tardif de M. Macron

En direction de l’électorat de La France insoumise, la candidate a bien tenté une visite impromptue, dimanche 30 avril, à l’usine Altéo de Gardanne (Bouches-du-Rhône) d’où sont parties, pendant des décennies, des millions de tonnes de résidus de bauxite, les fameuses boues rouges. Mais devant une porte close Marine Le Pen s’était contentée d’évoquer le rôle de « l’État stratège » et la nécessité « d’une planification écologique ».

De son côté, Emmanuel Macron a fait un geste tardif en annonçant qu’il était prêt à revoir sa position sur l’accord de libre-échange CETA passé entre l’Union européenne et le Canada, un dossier emblématique pour les écologistes. Sans autre engagement toutefois que la nomination d’un comité d’experts.

 

 

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