Trump et l’environnement : la grande casse

Le mardi 2 mai 2017 par Duclair environnement.

La majorité des édits du président américain n’ont pas d’effet concret immédiat, mais ils sont lourds de conséquences par le signal donné aux partisans des énergies fossiles.

LE MONDE |  le | Par Corine Lesnes  (San Francisco, correspondante)

          Donald Trump à Washington le 28 avril.
Donald Trump à Washington, le 28 avril.

          image: http://s2.lemde.fr/image/2017/04/30.

Sur les trente décrets signés par Donald Trump au cours de ses cent premiers jours à la Maison Blanche, huit concernent l’environnement.

Le président américain n’avait pas fait mystère de son intention de revenir sur les mesures prises par Barack Obama pour lutter contre le changement climatique. Il a tenu parole. Certes, la majorité de ses édits n’ont pas d’effet concret immédiat, mais ils sont lourds de conséquences par le signal donné aux partisans des énergies fossiles : la « nouvelle révolution énergétique » est lancée et les agences fédérales seront moins regardantes sur le respect des réglementations.

Le dernier décret en date, pris vendredi 28 avril, concerne les forages en mer. Il ouvre la voie à l’exploitation des ressources de l’Arctique, bannie par Barack Obama.

Le secrétaire à l’intérieur est ainsi chargé de passer en revue les zones maritimes qui ont été interdites à l’exploitation d’hydrocarbures jusqu’en 2022 par l’administration précédente.

Le département du commerce devra de son côté faire un rapport dans les trois mois sur les sanctuaires marins établis par Barack Obama et George W. Bush. « Notre pays a la chance d’avoir des ressources naturelles incroyables, parmi lesquelles des réserves abondantes de gaz et de pétrole offshore », a affirmé M. Trump, déplorant que le gouvernement fédéral ait interdit « l’exploration et la production dans 94 % de ces zones ».

« Mettre fin à la guerre contre charbon »

Deux jours plus tôt, il s’était attaqué aux nouveaux « monuments nationaux » – ou zones protégées – créés par son prédécesseur pour préserver des régions entières de l’Ouest américain de l’exploitation minière ou immobilière.

Ce décret prévoit que le secrétaire à l’intérieur devra revoir les désignations de zones de plus de 40 000 hectares décidées par ses trois prédécesseurs en vertu de l’Antiquities Act de 1906. Selon lui, cette mise à l’abri des convoitises est une « appropriation outrancière de terres par le gouvernement fédéral ».

Le 28 mars, Donald Trump, entouré de mineurs, avait signé le décret de « promotion de l’indépendance énergétique » des États-Unis. Celui-ci remet en cause le Clean Power Plan de 2015 limitant les émissions de carbone des centrales électriques, conformément à la promesse électorale du candidat Trump de « mettre fin à la guerre contre charbon ».

Le président a également autorisé les pipelines Keystone XL et Dakota Access, et il a accéléré le processus d’obtention des permis de construction d’infrastructures liées aux oléoducs.

Nombreux obstacles judiciaires

L’efficacité de ces mesures reste à démontrer. Comme le constate le média américain Politico, dans un passage en revue minutieux de chacun des décrets, de nombreux obstacles judiciaires, politiques ou administratifs pourraient empêcher leur traduction rapide dans la réalité.

Les premières décisions vont « créer nombre de révisions, de rapports et de commissions », note le magazine, mais il s’agit plutôt de « communiqués de presse avec la signature du président et une recommandation à son cabinet d’examiner la question ».

Sur la question des forages dans l’Arctique, par exemple, Barack Obama s’était appuyé sur une loi de 1953 – Outer Continental Shelf Lands Act – qui donne aux présidents le pouvoir de protéger les eaux fédérales de toute exploitation d’hydrocarbures.

L’association Earthjustice fourbit déjà sa plainte : selon elle, la loi de 1953 ne spécifie pas que le chef de l’exécutif peut défaire d’un trait de plume une décision d’un prédécesseur. Il serait donc illégal d’annuler le moratoire décidé par Barack Obama sur 50 millions d’hectares dont les eaux américaines de la mer des Tchouktches (au nord du détroit de Béring) et une large partie de la mer de Beaufort (au nord de l’Alaska). La justice devra trancher.

Le pétrole coule dans le Dakota Access

De même, elle sera certainement saisie de la révocation de la désignation des nouveaux monuments fédéraux, à moins que le Congrès décide de réduire la portée de l’Antiquities Act utilisé par tous les présidents pour protéger les ressources naturelles – mais il faudrait 60 voix sur 100 au Sénat.

Le Clean Power Plan résulte d’une décision de l’EPA, l’Agence pour la protection de l’environnement. Celle-ci devra donc écrire de nouvelles règles, un processus qui comporte de nombreuses étapes légales, scientifiques et administratives.

Les écologistes comptent sur la faculté de résistance des fonctionnaires, tout en reconnaissant qu’avec un budget amputé d’un tiers – si le Congrès valide les propositions de la Maison Blanche –, l’EPA ne pourra pas s’opposer facilement à son nouveau chef, le climatosceptique Scott Pruitt.

Le décret présidentiel a en revanche déjà permis d’éliminer le moratoire pris par Barack Obama sur l’exploitation du charbon sur les terres fédérales, ainsi que les directives incorporant le changement climatique dans la planification stratégique du Pentagone. Résultat : 600 millions de tonnes de charbon sont maintenant potentiellement exploitables.

La relance de l’oléoduc Keystone XL, annoncée triomphalement par M. Trump, requiert encore l’approbation de la commission du service public de l’État du Nebraska. Le président a eu beau assurer qu’il en faisait son affaire, le comité, composé de cinq personnes élues, compte tenir des auditions en mai et ne rendra pas de décision avant septembre. En revanche, le chantier de celui du Dakota du Nord a été terminé dès le décret signé, et le pétrole coule malgré l’opposition des tribus indiennes.

Accord de Paris : deux camps à la Maison Blanche

Sur l’accord de Paris sur le climat, sujet hautement symbolique pour les ultras républicains, l’administration n’a pas réussi à se décider malgré la réunion organisée jeudi 27 avril à la Maison Blanche. Mais la question doit être tranchée avant le sommet du G7, fin mai, en Sicile.

Deux camps se font face. Steve Bannon, le conseiller stratégique du président, et Scott Pruitt – les gardiens de l’orthodoxie nationaliste –, sont partisans d’une sortie de l’accord. La fille du président Ivanka Trump, son gendre omniprésent Jared Kushner et le secrétaire d’État (et ancien patron d’ExxonMobil) Rex Tillerson croient au contraire aux vertus économiques du texte, notamment sur le secteur des énergies renouvelables et des nouvelles technologies.

Le secrétaire à l’énergie et ancien gouverneur du Texas, Rick Perry, propose quant à lui de rester dans l’accord mais d’en « renégocier » les termes, une formulation intrigante puisque les engagements pris lors de la COP21, en décembre 2015, n’ont pas de caractère contraignant.

Donald Trump a donné de 120 à 180 jours à ses ministres pour produire les nouvelles orientations sur l’énergie et le climat. La réalité dépendra beaucoup de la mobilisation de l’opposition, qui espère pourvoir jouer la montre, avec l’aide de la justice, jusqu’aux élections de 2018.

A l’occasion du bilan des cent jours de la présidence Trump, plus de 100 000 personnes ont défilé samedi à Washington pour un sit-in autour de la Maison Blanche. Quelque 220 marches similaires étaient prévues dans le reste du pays et dans le monde.

Pourquoi ne pas avoir fait cause commune avec les scientifiques qui ont organisé une série de manifestations le 22 avril, journée de la Terre ? Les scientifiques ne souhaitaient pas « politiser la science », ont-ils dit. Mais l’opposition devra se rassembler si elle veut mettre en échec les oukases présidentiels.

 

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