Les députés européens ouvrent la voie à un retour de la surpêche

Le jeudi 27 avril 2017 par Duclair environnement.

Le Parlement européen a voté, jeudi 27 avril, un rapport sur la gestion des flottes, dont un amendement est très critiqué chez les partisans de la pêche durable.

LE MONDE | | Par Martine Valo

Des pêcheurs au large de Saint- Pierre en Martinique.
Des pêcheurs au large de Saint-Pierre, en Martinique.

          image: http://s2.lemde.fr/image/2017/04/27.

Les régions ultrapériphériques (RUP) de l’Union européenne sont à la peine. Les membres de la commission de la pêche du Parlement européen ont décidé de soutenir ce secteur, activité essentielle à leur économie, à l’occasion du vote d’un rapport sur la gestion de ces flottes de pêche, qu’ils ont approuvé jeudi 27 avril.

Sous couvert de coup de pouce aux territoires lointains (outre-mer français, îles Canaries espagnoles, Madère et les Açores pour le Portugal), les députés ont aussi adopté un amendement controversé, déposé quelques jours avant l’examen en session plénière. Celui-ci demande d’autoriser « le financement des navires de pêche artisanale et traditionnelle des RUP qui débarquent la totalité de leurs prises dans les ports de ces régions et qui contribuent au développement local et durable ». Il a obtenu 365 voix pour, 249 voix contre.

Cette mesure ne risque-t-elle pas d’ouvrir la porte à un retour en grâce des aides publiques à la construction de nouveaux bateaux de pêche ? Parce qu’elles ajoutent des pressions supplémentaires sur des populations de poissons déjà exsangues pour certaines, ce type de subventions a été supprimé en 2002 dans l’Union européenne.

« Ce n’est pas la solution »

L’association de défense de l’océan Bloom avait tiré la sonnette d’alarme contre l’amendement 39 bis. Sans être entendue. « Clairement, les outre-mer souffrent d’un retard structurel, comme l’a encore montré la crise de la Guyane, mais distribuer des subventions publiques pour construire des bateaux, ce n’est pas la solution », avance Claire Nouvian, fondatrice de Bloom. Elle énumère les mesures qui pourraient légitimement bénéficier d’aides, selon elle. Celles-ci devraient plutôt aller à l’évaluation scientifique des stocks halieutiques, qui est nettement insuffisante dans ces régions, et à la surveillance de ces eaux où sévit la pêche illégale.

Il faudrait en outre régler politiquement la question des accords de pêche qui autorisent l’activité de grands navires étrangers dans les parages moyennant des licences. « L’actuelle politique commune de la pêche permet déjà tout cela, assure-t-elle. On peut tout aider, sauf de nouvelles coques ! » Certains des axes de travail qu’elle cite figurent au demeurant dans le rapport avec lequel la Commission pêche souhaite interpeller Bruxelles sur le sort des RUP.

Traitement d’exception

« Il s’agit juste de remplacer un bateau vétuste par un bateau neuf. La question n’est pas d’augmenter la capacité de pêche dans les outre-mer, où 70 % de l’activité concerne de toutes petites embarcations de deux à quatre mètres de long, plaide la députée européenne Isabelle Thomas (PS). Seulement il n’y a pas d’investisseurs privés prêts à mettre de l’argent pour cela. Ce sont des zones qui connaissent la grande pauvreté, pourquoi ne pourraient-elles pas bénéficier d’un traitement d’exception comme c’est déjà le cas de l’agriculture des RUP ? »

Le rapport de la commission de la pêche souligne en particulier la situation inextricable des Antilles, où la contamination à la chlordécone – un insecticide utilisé pendant vingt ans sur les cultures de bananes – interdit aux pêcheurs de travailler sur des dizaines de kilomètres carrés de bandes côtières. Pour aller plus au large, ils ont besoin de navires plus puissants. « Cette mesure n’en est qu’au début d’un long parcours entre les institutions européennes, avance Isabelle Thomas. S’il y a des failles, on aura l’occasion de les corriger. »

Mais Claire Nouvian n’en démord pas : le lobby des industriels du secteur est prêt à s’engouffrer dans la brèche et « le débat sur ces subventions néfastes a déjà été tranché ! » Le rouvrir enverrait un fort mauvais signal à quelques semaines de la première grande conférence sur l’océan qu’organisent les Nations unies à New York, du 5 au 9 juin.

Celle-ci doit examiner comment atteindre l’objectif de développement durable (ODD) que se sont fixé les États de « conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines », sans les mettre fatalement à mal. Or, entre autres préceptes, cet ODD n° 14 stipule précisément : « Les subventions à la pêche contribuent à l’épuisement rapide de nombreuses espèces de poissons et empêchent les efforts de sauvetage et de restauration de la pêche mondiale et des emplois qui y sont liés, générant une perte de 50 milliards de dollars par an pour le secteur de la pêche maritime. »

 

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