EDF et la tragi-comédie de Fessenheim, une vraie question de gouvernance politique

Le mardi 11 avril 2017 par Duclair environnement.

EDF a trouvé l’accord le plus conforme à ses intérêts. Le gouvernement ne sauve la face qu’à moitié, puisque la centrale ne sera pas fermée durant le quinquennat Hollande.

LE MONDE ÉCONOMIE | le | Par Philippe Escande 

L’entrée de la centrale nucléaire de Fessenheim ( Haut-Rhin ), le 10 janvier 2017.
L’entrée de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), le 10 janvier 2017.

          image: http://s2.lemde.fr/image/2017/04/10.

Avis à nos onze candidats à l’élection présidentielle, qui entamaient, ce lundi 10 avril, le premier jour de la campagne officielle : méfiez-vous des engagements trop précis. Le 26 janvier 2012, le prétendant Hollande, en pleine ascension populaire quatre jours après son discours fondateur du Bourget, déclarait dans Le Dauphiné libéré : « Dans l’immédiat, je propose la fermeture de Fessenheim. (…) Ce sera la seule dans mon quinquennat sauf si l’Autorité de sûreté nucléaire nous alerte sur un autre cas. » Le quinquennat s’achève et la centrale la plus ancienne de France, construite en 1970, continue de produire de l’électricité.

Pour sauver la 41e des soixante promesses de François Hollande, Ségolène Royal est donc montée au front en faisant publier, dimanche 9 avril, un décret « abrogeant l’autorisation d’exploiter la centrale de Fessenheim ». A deux semaines du premier tour, l’honneur est sauf.

Enfin presque, puisque le décret s’assortit de deux conditions qui repoussent la vraie fermeture vers 2018, et peut-être au-delà. La première est le démarrage effectif de l’EPR de Flamanville et la seconde le maintien de la capacité de production d’EDF au niveau actuel. Deux contraintes qui reprennent soigneusement les décisions votées par le conseil d’administration de l’entreprise, le 6 avril dernier. Le gouvernement n’a donc sauvé la face qu’à moitié, puisque la légitimité même du décret est mise en cause de tous bords. Ce n’est pas à lui de prononcer la fermeture, mais à EDF de la demander. Et il ne le fera que six mois avant le démarrage de Flamanville, au plus tôt en 2018.

EDF a joué la montre

Au-delà de cet aspect purement juridique, la tragi-comédie de Fessenheim pose une vraie question de gouvernance politique. En cinq ans de pouvoir, le gouvernement n’a pu mettre en œuvre cet engagement relativement simple au regard des autres promesses économiques du candidat, notamment sur l’emploi et la croissance. Résolument opposé à la fermeture d’un site très rentable, car amorti depuis longtemps, et dont l’Autorité de sûreté nucléaire avait autorisé la prolongation pour dix ans supplémentaires, EDF n’a cessé de jouer la montre. Face à l’effondrement du prix de l’électricité et à l’explosion des coûts de construction de Flamanville qui compromettent gravement son modèle économique, il n’avait pas besoin d’un boulet supplémentaire.

Subtil, il a obtenu de son conseil d’administration que cette fermeture soit finalement conditionnée à l’atteinte du plafond de production fixé par la loi, le transformant instantanément en plancher et lui permettant de justifier un maintien si cette capacité n’est pas atteinte. D’autant que le pouvoir politique aura changé d’ici là… La technostructure EDF a trouvé l’accord le plus conforme à ses intérêts, mais au détriment de la volonté politique. Au risque d’en décrédibiliser la parole, ce dont nous n’avons pas franchement besoin en ce moment.

 

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