Centrales nucléaires : succession d’incidents aux États-Unis

Le vendredi 18 mars 2016 par Duclair environnement.

LE MONDE | | Par Stéphane Lauer  (New York, correspondant)

La centrale nucléaire d’Indian Point le 22 mars 2011.
La centrale nucléaire d'Indian Point, le 22 mars 2011 .

image: http://s2.lemde.fr/image/2016/03.Don EMMERT/AFP

Plusieurs incidents survenus à quelques semaines d’intervalle dans des centrales nucléaires américaines alimentent le débat sur la sécurité et l’avenir de cette source d’énergie.

Début février, le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, s’est inquiété d’une fuite provenant de la centrale d’Indian Point, située à 65 kilomètres au nord de New York. Des prélèvements ont indiqué la présence à un niveau élevé de tritium, un isotope radioactif, dans les eaux souterraines à proximité de l’installation. Le groupe qui exploite la centrale, Entergy, a souligné que, si les taux relevés n’étaient « pas conformes » à ses propres normes, « il n’y a aucune conséquence pour la santé et la sécurité du public », ajoutant que les résultats des prélèvements sont :

« plus de mille fois en dessous des limites admises par les autorités fédérales.»

Mais malgré ces assurances, M. Cuomo a ordonné à la direction de l’environnement de l’Etat de New York une enquête sur l’origine de la fuite. Le gouverneur a expliqué :

« Notre première préoccupation concerne la santé et la sécurité des riverains à proximité de la centrale, et elle consiste à s’assurer que la fuite souterraine ne représente pas une menace. »

« Des effets dévastateurs »

La centrale d’Indian Point, qui a commencé à produire de l’électricité en 1974, n’en est pas à son premier incident. Le 9 mai 2015, un réacteur avait dû y être arrêté à la suite d’un problème de transformateur, qui avait causé un début d’incendie. Le 14 décembre, une panne électrique, probablement causée par un oiseau, avait également conduit à l’arrêt d’un réacteur. Selon des documents révélés par le New York Post, il s’agirait du vingtième incident de ce type depuis 2011.

Alors que la centrale cherche à obtenir une prolongation de 20 ans de l’autorisation d’exploitation de ses deux réacteurs, qui ont expiré respectivement en 2013 et 2015, l’Etat de New York s’y oppose et réclame depuis plusieurs années la fermeture du site. Il considère que sa proximité avec une faille géologique et avec l’une des principales sources d’approvisionnement en eau potable de l’agglomération new-yorkaise constitue une menace pour un bassin de population de plus de 20 millions de personnes. Dans une tribune publiée dans le New York Times, Paul Gallay, le président de l’Hudson Riverkeeper, une association locale de protection de l’environnement, rappelait que 1 500 tonnes de déchets radioactifs restent stockées sur place, tandis que « le système de refroidissement de l’usine a des effets dévastateurs sur l’écologie de l’Hudson River ».

M. Cuomo a également demandé qu’un projet de gazoduc, situé à moins d’un kilomètre de la centrale, soit suspendu par mesure de sécurité. Entergy a depuis intenté un procès à l’État, considérant que celui-ci n’a pas l’autorité pour réguler l’énergie nucléaire.

Des demandes pour porter la durée de la licence à quatre-vingts ans devraient être examinées

En Floride, le ton monte également à propos de la centrale de Turkey Point, située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Miami et qui date également du début des années 1970. Le maire de l’agglomération a publié le 7 mars une étude qui révèle que les niveaux de tritium présents dans l’eau de la baie de Biscayne sont 215 fois supérieurs à ceux observés normalement dans l’eau de mer.

Intervention d’un juge

Bien qu’à ce stade le rapport ne parle pas de risques pour la santé publique, ces taux indiquent toutefois que des fuites ou des déversements provenant de la centrale se sont produits. Ce constat intervient deux semaines après la décision d’un juge de Tallahassee, la capitale de la Floride, ordonnant à l’opérateur de la centrale, Florida Power & Light, et à l’État de procéder à la sécurisation du système de refroidissement, après avoir constaté que des rejets menaçaient des nappes d’eau potable.

Ces incidents viennent nourrir les interrogations sur les conséquences de la décision prise il y a deux ans d’augmenter la production d’électricité de 15 %. L’utilisation intensive des canalisations de refroidissement avec une eau trop chaude et trop salée, notamment l’été, pourrait être à l’origine de détériorations. La centrale est en effet obligée de pomper l’eau dont elle a besoin dans l’aquifère floridien – le réservoir naturel d’eau – qui présente des taux de salinité significatifs.

La mise en service d’un nouveau réacteur serait 25 % plus chère qu’une unité équivalente de production au gaz

Au-delà de ces incidents, la production nucléaire américaine est également sur la sellette sur le plan économique. Les États-Unis restent le premier producteur mondial d’énergie nucléaire, avec un parc d’une centaine de réacteurs qui fournissent 21,5 % des besoins en électricité du pays. Mais les infrastructures, avec une moyenne d’âge de 34 ans, sont vieillissantes. Les licences d’exploitation initiales ont été accordées pour 40 ans. A ce jour, 81 % du parc a obtenu un renouvellement pour 20 ans supplémentaires et, à partir de 2017, la Nuclear Regulatory Commission devrait commencer à examiner des demandes pour porter la durée totale de la licence à 80 ans.

Mais si le problème de l’âge arrive à être surmonté sur un plan réglementaire, reste la question de la compétitivité des centrales. Selon l’Energy Information Administration, la mise en service d’un nouveau réacteur serait 25 % plus chère qu’une unité équivalente de production au gaz, dont le prix a fortement baissé ces dernières années.

Cette situation conduit les opérateurs à multiplier les fermetures de centrales. Selon la World Nuclear Association une dizaine est concernée, tandis que seulement cinq sont en construction. Un débat est actuellement en cours pour savoir si, sans un maintien de la part du nucléaire dans le mix énergétique, le pays sera capable de tenir ses objectifs à long terme de réduction de CO2, alors que l’éolien et le solaire ne représentent respectivement que 6,2 % et 0,5 % de la production d’électricité.

 

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