L’écologie, chasse gardée des Blancs aux États-Unis

Le samedi 30 août 2014 par Duclair environnement.

 LE MONDE | | Par Gilles Paris (Washington, envoyé spécial)

 

Les chiffres sont sans indulgence : alors que les minorités (Afro-Américains, Latinos…) comptent aujourd’hui pour 36 % de la population américaine, elles restent faiblement représentées dans les organisations de défense de l’environnement, qu’il s’agisse d’ONG, de fondations ou d’agences gouvernementales, selon les résultats d’une enquête publiée fin juillet par le site américain Green 2.0.

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Les agences officielles présentent le meilleur résultat (15,5 %), mais pas question de crier victoire : alors que la part des minorités continue de croître aux États-Unis, leur présence stagne dans les institutions environnementales officielles depuis plusieurs années.

 

RÉCEMMENT, LES FEMMES ONT OPÉRÉ UNE PERCÉE

La proportion de représentants de minorités dans les embauches réalisées depuis trois ans ne s’élève au-dessus de ce plafond de verre de 15,5 % que pour les fondations. Si récemment, les femmes ont opéré une percée dans le domaine de l’environnement, en concentrant plus de 60 % des nouveaux postes, cette ouverture n’a bénéficié qu’aux femmes blanches, comme le note Dorceta Taylor, de l’université du Michigan, auteur de l’étude The State of Diversity in Environmental Organizations (« L’état de la diversité dans les organisations environnementales »).

La présence des minorités diminue aussi au fur et à mesure que l’on s’avance dans la hiérarchie des institutions consacrées à l’environnement. Les ONG sont à ce titre les plus fermées, avec un pourcentage inférieur à 5 % dans leurs conseils d’administration.

Cette marginalisation n’est pas nouvelle. Comme le rappelle l’étude, le secrétaire à l’intérieur de John Fitzgerald Kennedy, Stewart Udall, avait découvert en 1961 que le prestigieux service des parcs nationaux ne comptait dans ses rangs qu’un seul Afro-Américain, constat qui avait débouché sur une politique de recrutement de membres de cette communauté.

« UN BLANC, ÂGÉ ET PLUTÔT AISÉ FINANCIÈREMENT »

Comme le résume de manière volontairement caricaturale un responsable interrogé dans le cadre de l’étude, aux États-Unis, un membre d’une organisation environnementale est souvent « un Blanc, âgé et plutôt aisé financièrement ». Dorceta Taylor y trouve a contrario matière à optimisme, en constatant une bien plus grande ouverture de la part des nouvelles générations.

Une meilleure représentativité produirait pourtant une plus grande efficacité dans la lutte en faveur de l’environnement, estime Danielle Deane, responsable de projet au sein de l’organisation Green 2.0, qui a financé la recherche universitaire. « En Californie, un Etat pionnier en la matière, les minorités sont d’ailleurs mieux représentées qu’ailleurs aux États-Unis », souligne-t-elle.

L’enjeu dépasse pourtant cette quête de résultats. « Une des raisons de ce conservatisme, explique la chercheuse Dorceta Taylor, c’est qu’il est difficile d’isoler l’environnement des problèmes sociaux. La pollution ne frappe pas de manière similaire les différentes classes sociales. Les minorités qui appartiennent en grande partie aux classes modestes peuvent être ainsi plus exposées que les classes les plus aisées à la pollution industrielle. »

RELATIVISATION DE CAUSES PRIVILÉGIÉES PAR CERTAINES ONG

Accepter de s’ouvrir aux minorités, c’est donc accepter d’ouvrir le débat sur les priorités à donner à la lutte contre l’environnement. Ce qui passe notamment par la remise en question – ou la relativisation – de plusieurs causes privilégiées par certaines ONG, telles que la préservation des espèces animales, ajoute l’universitaire.

Cette perspective est manifestement vécue difficilement par les organisations sollicitées pour l’enquête, qui n’ont accepté d’y participer et de faire la transparence sur leurs chiffres qu’en échange de l’anonymat le plus complet.

Impossible donc d’établir un classement « nominatif » entre les plus et les moins vertueux sur le sujet. Une réticence qui relativise l’accueil très consensuel réservé à la publication du rapport par de grandes institutions comme l’Environmental Defense Fund ou le Natural Resources Defense Council.

  • Gilles Paris (Washington, envoyé spécial)
    Journaliste au Monde

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