Comment le climat menace la prospérité chinoise

Le Lundi 30 janvier 2012 par Duclair environnement.

Alors que la Chine vient de rentrer dans l’ère du dragon, elle s’est aussi engagée dans une période extrêmement sombre pour son environnement. Sécheresses, inondations, rareté de l’eau, faiblesse des récoltes : autant de conséquences du réchauffement climatique mondial pesant sur le pays et menaçant sa prospérité. Presque plus inquiétant encore, ces avertissements ne proviennent pas d’une ONG ou d’un ardent défenseur de l’écologie mais du gouvernement chinois lui-même, dans son Deuxième rapport national d’évaluation sur les changements climatiques. Le pouvoir communiste semble donc avoir renoncé à minimiser les conséquences et les coûts du changement climatique sur la deuxième économie mondiale et premier émetteur de gaz à effet de serre.

 

Le pavé de 710 pages publié par le gouvernement vendredi 21 janvier s’avère alarmant sur tous les fronts, selon le site China Briefing :

L’augmentation des émissions de CO2. Le pays le plus peuplé au monde, avec 1,34 milliard d’habitants, a rejeté 8,3 milliards de tonnes de gaz à effet de serre en 2010, soit un quart du total du CO2 libéré dans l’atmosphère au cours de l’année. Et quand bien même elle est devenue le premier marché pour les énergies renouvelables, en inondant le monde de panneaux solaires à bas coût et en installant la moitié des nouvelles capacités éoliennes de la planète, la Chine devrait rejeter entre 9 et 9,5 milliards de tonnes de CO2 à l’horizon 2020, selon le rapport. Les rejets ne commenceront ainsi à diminuer qu’après 2030, pour baisser véritablement qu’après le milieu du siècle. A condition que la Chine prenne des mesures pour réduire ses rejets et mette la main à la poche : la lutte contre les émissions est ainsi chiffrée à 10 000 milliards de yuans (1 200 milliards d’euros) d’ici 2020.

La hausse de la température. Selon les différents scénarios retenus en termes de niveaux d’émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne de la Chine devrait augmenter d’ici la fin du siècle de 2,5 à 4,6°C par rapport à la moyenne de la période 1961-1990. Témoins de cette hausse des températures, 82 % des glaciers, en particulier ceux du Tibet, reculent depuis les années 1950, à un rythme qui s’est accéléré depuis les années 1990.

Les déséquilibres des ressources en eau. Dans la majeure partie des régions chinoises, les précipitations se concentreront de plus en plus sur les saisons des pluies — l’été et l’automne — et inondations et sécheresses seront de plus en plus fréquentes, estime le rapport. D’après l’un des scénarios envisagés, huit des 31 provinces risquent d’être confrontées à de graves pénuries en eau d’ici 2050 — moins de 500 m3 par habitant —, et dix autres pourraient souffrir de pénuries chroniques moins dures. L’une des conséquences : la production céréalière de la Chine pourrait diminuer de 5 % à 20 % d’ici 2050, constituant une menace pour la sécurité alimentaire du pays. La situation est déjà critique aujourd’hui : la grave sécheresse qui a touché le nord-est du pays à la mi-2011, a été responsable d’une baisse des récoltes et d’une flambée des prix alimentaires. Du côté de l’économie, le manque d’eau a aussi provoqué une pénurie d’électricité handicapant les entreprises.

La montée du niveau des mers. Entre 1979 et 2009, le niveau de la mer est monté de 11,5 centimètres sur le littoral proche de Shanghai, à l’est du pays. Dans les trente ans à venir, il pourrait encore monter de 10 à 15 centimètres. Or, note le rapport, les efforts de la Chine pour protéger les zones côtières vulnérables par des digues s’avèrent largement insuffisant. Sans compter que leur vulnérabilité aux typhons et aux inondations risque d’augmenter du fait du réchauffement climatique. Conclusion : la montée du niveau de la mer va exercer une pression sur les grandes villes et les régions exportatrices de l’Est chinois, fer de lance de l’industrialisation du pays.

La pollution de l’air croissante. Les épais brouillards qui enveloppent les métropoles chinoises, empêchant toute visibilité au point de clouer les avions au sol, sont en passe de devenir le quotidien des citadins — devenus plus nombreux que les ruraux, pour la première fois de l’histoire de la Chine. Après avoir menti pendant des années sur la qualité de l’air, le gouvernement chinois s’est enfin résolu à publier les mesures de particules fines effectuées dans les villes. Une manière de concéder que la pollution urbaine pourrait avoir de graves répercussions sur la croissance économique, la santé publique et de la stabilité sociale, alors que des millions d’internautes chinois se sont déjà rebiffés contre les mensonges du gouvernement.

Audrey Garric : mardi 24 janvier 2012

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