Environnement. Mortalité des abeilles : les pesticides ne sont pas les seules responsables

Le Vendredi 5 août 2011 par Duclair environnement.

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Publié le 01/08/2011 à 00:00

Les agriculteurs sont les premiers montrés du doigt dans la mortalité des abeilles. Samedi à Saillenard, en Saône-et-Loire, ils se sont réunis avec des apiculteurs pour prouver que la situation est plus complexe que cela.

« L’apiculteur est le premier pollueur des abeilles. » C’est avec cette phrase choc que Pierre Duclos, administrateur à la Fédération nationale des organisations sanitaires apicoles départementales, souhaite changer les mentalités. En se réunissant samedi à Saillenard (Saône-et-Loire), les agriculteurs et apiculteurs jurassiens ont voulu montrer que personne n’accusait l’un ou l’autre et qu’il était possible de dialoguer entre ces deux professions interdépendantes. « Depuis une dizaine d’années, c’est la catastrophe pour trois raisons. D’abord le varroa, un virus que nous apiculteurs avons apporté dans nos ruchers, le manque de pollen dû à la monoculture et enfin l’utilisation fréquente des pesticides associés à d’autres », résume Jean-Yves Toinard, apiculteur à Foncine-le-Haut et organisateur de la table ronde. En effet, la responsabilité des agriculteurs est certes engagée, mais est loin d’être exclusive. Certains exploitants font des efforts pour limiter l’utilisation des pesticides dans leurs champs, à l’image de Didier Jouvenceau, qui possède des terres dans le Jura et qui affirme avoir réduit le poste budgétaire de denrées phytosanitaires de 10 000 euros. Par exemple, les insecticides pulvérisés dans les champs de colza attaqués par les pucerons sont nocifs aux abeilles. « C’est plus facile de nous faire culpabiliser que de se remettre en question », constatait Didier Jouveanceau.

Car un autre problème découle de l’usage des pesticides : la synergie de ceux-ci. Mélanger deux produits ensemble peut avoir des conséquences désastreuses sur la santé d’une colonie.

La standardisation des cultures est aussi une cause expliquant l’affaiblissement des abeilles, bien que la Bresse ne soit pas la région la plus touchée par la monoculture. Ces insectes peuvent en effet souffrir de différents maux avant de mourir comme des dysfonctionnements du cerveau, « la partie immergée de l’iceberg », selon Pierre Duclos.

« Je suis content que l’on parle enfin de multiples causes », se réjouissait Frédéric Perrot, de la chambre d’agriculture du Jura.

La table ronde de Saillenard est donc une première tentative de communication entre agriculteurs et apiculteurs. Jean-Yves Toinard a d’ailleurs insisté sur le caractère important mais pas grave de la problématique des abeilles. La famine en Somalie étant beaucoup plus préoccupante a-t-il dit.

Les produits phytosanitaires banalisés

Lors de la table ronde réunissant agriculteurs et apiculteurs, il a été répété que beaucoup d’acteurs utilisaient des pesticides, à différentes échelles. Ainsi, les jardiniers du dimanche, en utilisant de l’anti-limace par exemple, utilisent ces fameux produits phytosanitaires qui affectent la santé des abeilles. Mais la SNCF pour traiter ses lignes de chemin de fer, le trafic aérien et l’entretien et le désherbage de la voirie ont aussi été pointés du doigt. L’effort doit être collectif afin de maintenir une biodiversité riche et variée qui favorise une pollinisation de qualité. Et donc au final du miel sur vos tartines plus parfumé et meilleur.

Vers une professionnalisation de l’apiculture au niveau européen

Arnaud Danjean, député européen, était présent à ce rendez-vous de dialogue entre agriculteurs et apiculteurs. Il a confirmé l’avancé de la législation européenne.

« On a voté un rapport ce mois de juillet qui va dans trois directions. D’abord la recherche pour établir un diagnostic fiable sur le problème des abeilles, ensuite, nous voulons renforcer les partenariats agriculteurs et apiculteurs comme ce que vous venez de faire avec cette table ronde, en créant sans doute des dispositifs incitatifs financiers pour faciliter l’échange. Enfin, il faudrait intégrer dans la future politique agricole commune la dimension apicole. »

Avant d’ajouter : « il faut aller à la professionnalisation de la filière en aidant l’installation des jeunes par exemple. »

En effet, les professionnels du secteur regrettent une normalisation encore insuffisante. Actuellement, la DL50, qui estime la quantité la dose de pesticides qui va tuer 50 % des abeilles, ne concerne que les butineuses, ce qui ne représente qu’une partie de la colonie.

L’Union européenne devrait donc légiférer en fin d’année sur le dossier apicole, « vital dans nos campagnes », affirmait le député saône-et-loirien, s’appuyant sur un chiffre : 85 % des espèces végétales ont besoin de la pollinisation.

Cécile Pacorel

 

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